dimanche 22 novembre 2009

LE PAVILLON DE MUSIQUE DE LA COMTESSE DU BARRY A LOUVECIENNE


A Louveciennes, Coty achète en 1923 un domaine comprenant le pavillon édifié par Claude-Nicolas Ledoux en 1771 pour la comtesse du Barry. Sous le prétexte d'édifier en sous-sol un laboratoire de parfumerie, un générateur électrique, des cuisines et une piscine, il n'hésite pas à faire déplacer ce dernier de plusieurs mètres, ce qui aura d'ailleurs pour effet de le préserver, quelques années plus tard, d'un affaissement de la falaise au bord de laquelle il avait été bâti. Le pavillon est néanmoins profondément altéré par la surélévation d'un étage, commandée à l'architecte Charles Mewès, afin de créer cinq chambres à coucher supplémentaires. Des serres tropicales sont créées, reliées au pavillon par des passages souterrains. C'est là que Coty mourra en juillet 1934, victime d'un accident vasculaire cérébral. Il sera inhumé à Ajaccio, sa ville natale.

Le pavillon de Louveciennes a d'emblée été considéré comme une des réalisations les plus abouties de Ledoux et l’un des archétypes du néoclassicisme.

L'entrée, en forme d'abside semi-circulaire ouverte, simplement fermée par un péristyle, reprend une disposition déjà utilisée par Ledoux dans la maison de Mlle Guimard à la chaussée d'Antin. Elle donne accès à une salle qui a la forme d'un carré flanqué de deux demi-cercles, désignée comme salle à manger et où eut lieu le souper d'inauguration. Cette salle commande elle-même une enfilade de trois salons ouvrant sur la Seine, dont le salon du Roi central.




Madame du Barry avait commandé à Jean-Honoré Fragonard une suite de quatre grands tableaux pour son pavillon de Louveciennes. Le peintre représenta les amours de bergers, mais les toiles déplurent à leur commanditaire, sans doute parce que celle-ci y vit la possibilité d'une allusion à sa propre situation. Elle les refusa et Fragonard les installa en 1790 à Grasse, dans le salon d'un de ses cousins, Alexandre Maubert, dont le petit-fils les vendit en 1898 au banquier John Pierpont Morgan qui les présenta dans sa résidence de Londres. Elles sont depuis 1915 l'un des fleurons de la Frick Collection de New York.

En 1965, le pavillon fut acquis par l'industriel alsacien Victor Moritz, propriétaire du Groupe Treca. Il derevint une demeure d'habitation ; les boiseries et les peintures furent restaurées ; une piscine, un terrain de tennis et des écuries furent installés. Victor Moritz reçut de nombreux hôtes de marque, personnalités politiques et artistes de son entourage, dont le Président Valery Giscard d'Estaing durant son mandat, et y donna de nombreuses réceptions.

En 1989, à la mort de Victor Moritz, il fut cédé par ses enfants à Julienne Dumeste, industrielle du meuble. En 1991, elle créa la Fondation Julienne Dumeste pour l’innovation sociale et humanitaire, reconnue d’utilité publique. En 1992, elle fit don du pavillon à sa fondation, qui lança un vaste chantier de rénovation afin de répondre à son vœu de l’ouvrir au public lors d’événements exceptionnels. Disparue en 2001, Julienne Dumeste a fait don de l’ensemble de ses biens à la fondation. Le chantier, commencé en 2002, dura trois ans. Il porta d’abord sur l’extérieur, puis sur la réhabilitation intérieure avec les mises aux normes nécessaires à l’ouverture d’un établissement pouvant recevoir du public. Il dut combiner des contraintes de sécurité fortes, la réalisation des infrastructures techniques, le respect du bâtiment deux fois centenaire et la préservation de son parc de 4,6 hectares, avec ses arbres magnifiques.