lundi 27 janvier 2014

CYCLES DE FRESQUES : LA CHAMBRE DE LA SIGNATURE AU VATICAN PAR RAPHAEL (1508-1511)



La Dispute du Saint-Sacrement

C'est le peintre Vasari qui donne à cette œuvre son nom, un peu improprement puisque s'il peut être question d'une dispute théologique, c'est-à-dire une intense discussion, dans le registre inférieur, en revanche le registre supérieur fonctionne plus comme une glorification de l'Église céleste triomphante. Le titre de l'œuvre aurait donc tout aussi bien pu être Le Triomphe de l’Église.

La fresque cherche à représenter en peinture ce que l'on pourrait appeler le Vrai théologique, en regard du Vrai philosophique qu'incarne en face de lui la fresque de l’École d'Athènes. Dans la tradition chrétienne ce Vrai théologique s'incarne dans l'Eucharistie, geste d'action de grâce que le Christ lègue à ses disciples en mémoire de lui, peu de temps avant sa passion. Dès lors, tout le service de l’Église du Christ sur terre tourne autour de cet acte suprême, comme moyen de rédemption mais aussi de relation avec un divin comprenant le Dieu trinitaire, les puissances célestes et les saints de tous les temps. C'est donc cette réalité théologique complexe que Raphaël entreprend de représenter dans cette fresque qui doit, en tant qu’elle est destinée au bureau et à la bibliothèque du pape Jules II, être comme un support à la contemplation du mystère de l’Eglise sur terre et dans les cieux.


Le Parnasse

Le mont Parnasse (ou simplement Parnasse, du grec ancien Παρνασσός / Parnassós) est une montagne du centre de la Grèce, qui surplombe la cité de Delphes. Particulièrement vénéré dans l'Antiquité, il était consacré à la fois au dieu Apollon et aux neuf Muses, dont il était l'une des deux résidences. 

L'origine du nom est probablement préhéllénique. Ainsi, des archives hittites ont révélé l'existence d'un toponyme anatolien comparable : Parnašša qui semble dérivé du hittite et du louvite parna signifiant « maison » ou « demeure ». Il semblerait que, primitivement, le sommet du Parnasse, comme celui de l'Olympe, fut considéré comme le haut lieu de culte de l'hiérogamie du Ciel (Zeus, associé à Ouranos, divinité première du ciel) et de la Terre (Gaïa), car on sait que le sanctuaire de Delphes fut d'abord consacré à Gaïa avant d'échoir à Apollon.

Dans les Métamorphoses d'Ovide, c'est au sommet de cette montagne, le « seul endroit de la terre que les eaux n'eussent pas couvert », lors du déluge provoqué par les Dieux, que l'embarcation de Deucalion accoste.

Dans la mythologie grecque, Deucalion (en grec ancien Δευκαλίων / Deukalíôn), fils du Titan Prométhée et de Pronoia (ou de Clymène selon les traditions), est l'époux de Pyrrha, de qui il a Hellen, Amphictyon, Protogénie, Pandore et Thyia.

Il est, avec sa femme Pyrrha, un des seuls mortels qui survécut au Déluge. Réfugiés sur le mont Parnasse, ils reçoivent l'ordre de l'oracle de Thémis de jeter derrière eux les os de leur grand-mère afin de repeupler la terre. Comprenant qu'il s'agissait de Gaïa (la Terre), dont les pierres sont les os, ils ramassèrent des pierres et les jetèrent derrière eux : celles que jetait Deucalion se changèrent en hommes ; et celles que jetait Pyrrha, en femmes. Cette fable paraît fondée sur le double sens du mot grec laos, qui signifie à la fois pierre et peuple.

Par ailleurs, le mont Parnasse est brièvement évoqué dans l’Odyssée d'Homère comme étant le lieux où le héros Ulysse aurait été blessé par un sanglier dans sa jeunesse2.
L'homonymie avec le quartier parisien de Montparnasse n'est pas fortuite : les étudiants du quartier latin avaient nommé avec humour Mont Parnasse un amas de gravats qui formait, avant 1725, une colline artificielle sur l'actuel carrefour entre le boulevard du Montparnasse et le boulevard Raspail.


Les Vertus cardinales et théologales

Les Vertus cardinales sont personnifiées par trois femmes et les Vertus théologales par trois anges. 

À gauche, la Force (le Courage) tient une branche de chêne dont les fruits sont cueillis par l'ange de la Charité. La Prudence a deux visages, dont l'un se regarde dans un miroir ; l'ange représentant l'Espérance se tient derrière avec une torche. Enfin, à droite, la Tempérance garde la Foi qui pointe son doigt vers le ciel. La Vertu cardinale manquante, la Justice, est représentée sur la voûte de la chambre.

Le Courage porte un casque et tient une branche de chêne, symbole de la Force. En italien, une des traductions du mot rovere est « chêne » ; il pourrait s'agir d'une allusion au nom de naissance de Jules II, Giuliano della Rovere. Le lion évoque le Courage. 

Comme Janus, la Prudence a ici deux visages, celui d'un vieillard et celui d'une jeune femme, qui représentent le passé et l'avenir. Le miroir, qu'elle tient de sa main droite, est l'un de ses attributs habituels. Il symbolise la vérité et la connaissance de soi, et pourrait constituer un rappel des paroles de Paul de Tarse dans la première épître aux Corinthiens : « Car nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. À présent, je connais d'une manière partielle ; mais alors je connaîtrai comme je suis connu. » (1Co, 13:12).

La Tempérance est une « vertu qui modère les passions et les désirs » (Littré), d'où les rênes et le mors.