lundi 27 janvier 2014

CYCLES DE FRESQUES : LA CHAMBRE DE L'INCENDIE DU BORGO AU VATICAN PAR RAPHAEL (1514-1517)


La Bataille d'Ostie

Dès 827, les forces musulmanes ont commencé à conquérir la Sicile. En l'an 846, les Sarrasins mettent Rome à sac, pillent, pour leurs trésors, diverses basiliques, y compris la basilique pontificale de Constantin.

Les nouvelles d'un regroupement de navires sarrasins au large de la Sardaigne arrivent à Rome au début de 849. Une armada de chrétiens, commandée par César, fils de Serge Ier, le duc de Naples, a été assemblée récemment au large d'Ostie ; le pape Léon IV est venu la bénir et parler avec les troupes, il y fait une messe. La bataille s'engage lorsque les bateaux pirates apparaissent ; la bataille est conduite par les galères napolitaines. Entre-temps, durant l'engagement, une tempête divise les ennemis, les navires chrétiens réussissent à rentrer au port. Les musulmans, sont cependant, dispersés au large et subissent de nombreuses pertes de navires tandis que d'autres échouent à terre. Quand la tempête s'apaise, les restes de la flotte arabe sont facilement interceptés et de nombreux prisonniers sont faits.

Dans la foulée de la bataille, un gros butin échoue sur le rivage, pour être pillé par les habitants, par naufragii ius2. Les prisonniers, faits au combat, sont envoyés pour travailler en tant que forçats à la construction du mur léonin qui devait englober la colline du Vatican. Rome ne sera plus jamais menacée par une armée arabe.

La bataille est l'un des rares événements à se produire dans le sud de l'Italie au cours du xe siècle. Le souvenir en Italie existe toujours en raison des murs nommées d'après Léon IV mais aussi la peinture de la Renaissance faite par Raphaël : Battaglia di Ostia.


L'Incendie du Borgo

La fresque est issue d'un événement qui est documenté dans le Liber Pontificalis : un incendie qui a éclaté dans le Borgo un rione de Rome en l'an 847. Selon la légende, le pape Léon IV a contenu le feu par sa bénédiction.

L’incendie est représenté, mais le thème principal du miracle par lequel le pape arrête l'incendie de Borgo passe dans la fresque complètement au second plan. En effet le Pape est très petit sur le fond de la scène, tandis que le reste de la fresque est occupé par l'agitation des gens et par le drame vécu par les personnes essayant d'éteindre l'incendie.

Sur la gauche, le jeune homme, portant un vieil homme sur son dos au premier plan, est un rappel du thème classique d'Énée portant son père Anchise lors de l'incendie de Troie, une allusion à l'idée traditionnelle que Rome était la nouvelle Troie.

L'histoire est racontée par l’intermédiaire de l'architecture. En partant du fond, on distingue la basilique paléochrétienne de Saint-Pierre. L'édifice de style Renaissance duquel le pape Léon IV donne sa bénédiction se reconnaît aux flèches des années 1400 et aux petites loggias des années 1500. Les colonnes de gauche qui représentent le Septizodium et soutiennent une partie de l'entablement sont composites et corinthiennes, tandis que celles de droite sont d'ordre ionique.


Le Couronnement de Charlemagne

Depuis 792, l’empire est de fait dirigé par Irène, mère de l'empereur Constantin VI, mais en 797, elle assume officiellement le titre de basileus, ce qui dans la société de l’époque est un peu incongru, d'autant que son fils est mort peu après avoir été aveuglé sur l'ordre d'Irène. Les milieux carolingiens estiment que dans ces conditions, le titre impérial byzantin n’est plus porté.

En 796, le pape Adrien Ier est remplacé par Léon III, dont la position à Rome est beaucoup plus faible que celle de son prédécesseur face à la hiérarchie ecclésiastique et face à la noblesse romaine, bien qu’il ait été élu très rapidement et très facilement. Il est notamment poursuivi par des rumeurs sur l’immoralité de son comportement. Léon III est donc très dépendant de la protection de Charlemagne.

Le 25 avril 799, Léon III subit un véritable attentat : au cours de la procession des Grandes Litanies, il est jeté à bas de sa mule, et molesté, puis emprisonné ; le bruit court que ses assaillants lui ont coupé la langue et crevé les yeux, ce qui se révèlera inexact, mais permettra de parler de miracle. Quelques jours plus tard, il est délivré grâce à l’intervention du duc franc Winigis de Spolète (en), qui l’emmène à Spolète, puis, avec des missi de Charlemagne, est organisé un voyage pontifical à Paderborn.

Le jour de Noël de l'an 800, Charlemagne est donc couronné empereur d'Occident par le pape Léon III. Il se montre courroucé que les rites de son couronnement soient inversés au profit du pape. En effet, ce dernier lui dépose subitement la couronne sur la tête alors qu'il est en train de prier, et ensuite seulement le fait acclamer et se prosterne devant lui. Une manière de signifier que c'est lui, le pape, qui fait l'empereur – ce qui anticipe sur les longues querelles des siècles ultérieurs entre l'Église et l'Empire. Selon Eginhard, le biographe de Charlemagne, l'empereur serait sorti furieux de la cérémonie : il aurait préféré que l'on suive le rituel byzantin, à savoir l'acclamation, le couronnement et enfin l'adoration – c'est-à-dire, selon les Annales Royales, le rituel de la proskynèse (prosternation), le pape s'agenouillant devant l'empereur. C'est en se souvenant de cet épisode que Napoléon prend soin, un millénaire plus tard, lors de son couronnement en présence du pape, de se poser la couronne lui-même sur la tête.