jeudi 27 février 2014

LES APPARTEMENTS BORGIA AU VATICAN (FRESQUES DE PINTURICCHIO 1492-1494)


Dispute de Sainte Catherine d'Alexandrie

Dispute de Catherine d’Alexandrie contre les philosophes devant Maxence. Catherine, représentée en tunique bleue semée de croix d’or et manteau rouge, devant le trône de Maxence, au centre gauche de la fresque, serait le portrait de Lucrezia Borgia, fille du pape Alexandre VI. Pinturicchio s’est représenté derrière le trône de Maxence. En 1493, Lucrèce Borgia épouse Giovanni Sforza : le mariage sera annulé en 1497, officiellement pour non consommation, en réalité pour des raisons diplomatiques (changements d’alliances des familles). Giovanni Sforza est-il le jeune homme vêtu de rouge qui fait face au spectateur au premier plan à gauche, et vers lequel Lucrezia semble diriger ses regards ? 
Un autre personnage, à l’arrière-plan mais tout proche de Catherine-Lucrèce, est coiffé d’un turban : c’est probablement Djem, le fils cadet de Mehmet II le conquérent de Constantinople en 1453. Djem, détrôné par son frère Bajazet, était retenu par les Borgia à Rome et posa pour cette fresque. Le personnage de dos au premier plan au centre pourrait représenter César Borgia, qui venait d’être nommé cardinal : il porte le chapeau rouge et temps la main, gauche il ets vrai, vers une bible pour rejoindre le camp des chrétiens… L’arrière-plan est occupé par l’arc de Constantin, dominé par un bœuf (emblème des Borgia) et portant l’inscription « PACIS CVLTORI » (« à l’artisan de la paix »), une citation antique qui devient ainsi le manifeste et le résumé du programme du pontife. L’arc de Constantin fut érigé à Rome en 315 pour commémorer la victoire de Constantin, empereur chrétien, sur Maxence, empereur païen, au pont Milvius, en 312, où Maxence mourut. On peut roujours le voir à Rome. La décoration en a été simplifiée et l’inscription PACIS CULTORI remplace un long texte et le haut de l’arc est aujourd’hui plat. 
    
Jacques de Voragine, Légende dorée

    Catherine, fille du roi Costus, fut instruite dans l’étude de tous les arts libéraux. L’empereur Maxence avait convoqué à Alexandrie les riches aussi bien que les pauvres, afin de les faire tous immoler aux idoles, et pour punir les chrétiens qui ne le voudraient pas. Alors, Catherine, âgée de 18 ans, était restée seule dans un palais plein de richesses et d’esclaves  ; elle entendit les mugissements des divers animaux et les accords des chanteurs  ; elle envoya donc aussitôt un messager s’informer de ce qui se passait. Quand elle l’eut appris, elle s’adjoignit quelques personnes, et se munissant du signe de la croix, elle quitta le palais et s’approcha. Alors elle vit beaucoup de chrétiens qui, poussés par la crainte, se laissaient entraîner à offrir des sacrifices. Blessée au cœur d’une profonde douleur, elle s’avança courageusement vers l’empereur et lui parla ainsi : «  La dignité dont tu es revêtu, aussi bien que la raison, exgeraient de moi de te faire la cour, si tu connaissais le créateur du ciel, et si tu renonçais au culte des dieux. » Alors debout devant la porte du temple, elle discuta avec l’empereur, à l’aide des conclusions syllogistiques, sur une infinité de sujets qu’elle considéra au point de vue allégorique, métaphorique, dialectique et mystique. Revenant ensuite à un langage ordinaire, elle ajouta : « Je me suis attachée à t’exposer ces vérités comme à un savant : or, maintenant pour quel motif as-tu inutilement rassemblé cette multitude afin qu’elle adorât de vaines idoles  ? Tu admires ce temple élevé par la main des ouvriers  ; tu admires des ornements précieux que le vent envolera comme de la poussière. Admire plutôt le ciel et la terre, la mer et tout ce qu’ils renferment, admire les ornements du ciel, comme le soleil, la lune et les étoiles : admire leur obéissance, depuis le commencement du monde jusqu’à la fin des temps  ; la nuit et le jour, ils courent à l’occident pour revenir à l’orient, sans se fatiguer jamais : puis quand tu auras remarqué ces merveilles, cherche et apprends quel est leur maître  ; lorsque, par un don de sa grâce, tu l’auras compris et que tu n’auras trouvé personne semblable à lui, adore-le, glorifie-le : car il est le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs. » Quand elle lui eut exposé avec sagesse beaucoup de considérations touchant l’icnarnation du Fils, l’empereur stupéfait ne sut que lui répondre. Enfin revenu à lui : « Laisse, ô femme, dit-il, laisse-nous terminer le sacrifice, et ensuite nous te répondrons. Il commanda alors de la mener au palais et de la garder avec soin  ; il était plein d’admiration pour sa sagesse et sa beauté. En effet elle était parfaitement bien faite, et son incroyable beauté la rendait aimable et agréable à tous ceux qui la voyaient. Le César vint au palais et dit à Catherine : « Nous avons pu apprécier ton éloquence et admirer ta prudence, mais occupés à sacrifier aux dieux, nous n’avons pu comprendre exactement tout ce que tu as dit : or, avant de commencer, nous te demandons ton origine.  » A cela Catherine répondit : « Il est écrit : « Ne te loue pas ni ne te déprécie toi-même », ce que font les sots que tourmente la vaine gloire. Cependant j’avoue mon origine, non par jactance, mais par amour pour l’humilité. Je suis Catherine, fille unique du roi Costus. Bien que née dans la pourpre et instruite assez à fond dans les arts libéraux, j’ai méprisé tout pour me réfugier auprès du Seigneur J.-C. Quant aux dieux que tu adores, ils ne peuvent être d’aucun secours ni à toi, ni à d’autres. Oh! qu’ils sont malheureux les adorateurs de pareilles idoles qui, au moment où on les invoque, n’assistent pas dans les nécessités, ne secourent pas dans la tribulation et ne défendent pas dans le péril  ! Le roi : «  S’il en est ainsi que tu le dis, tout le monde est dans l’erreur, et toi seule dis la vérité : cependant toute aflirmation doit être confirmée par deux ou trois témoins. Quand tu serais un ange, quand tu serais une puissance céleste, personne ne devrait encore te croire  ; combien moindre encore doit être la confiance en toi, car tu n’es qu’une femme fragile  ! » Catherine : « Je t’en conjure, César, ne te laisse pas dominer par ta fureur  ; l’âme du sage ne doit pas être le jouet d’un funeste trouble, car le poète a dit : «  Si l’esprit te gouverne, tu seras roi, si c’est le corps, tu seras esclave. » L’empereur : « Je m’aperçois que tu te disposes à nous enlacer dans les filets d’une ruse empoisonnée, en appuyant tes paroles sur l’autorité des philosophes. » Alors 1’empereur, voyant qu’il ne pouvait lutter contre la sagesse de Catherine, donna des ordres secrets pour adresser des lettres de convocation à tous les grammairiens et les rhéteurs afin qu’ils se rendissent de suite au prétoire d’Alexandrie, leur promettant d’immenses présents, s’ils réussissaient à l’emporter par leurs raisonnements sur cette vierge discoureuse. On amena donc, de différentes provinces, cinquante orateurs qui surpassaient tous les mortels dans tous les genres de science mondaine. Ils demandèrent à l’empereur, pourquoi ils avaient été convoqués de si loin  ; et César leur répondit : « Il y a parmi nous une jeune fille incomparable par son bon sens et sa prudence  ; elle réfute tous les sages, et affirme que tous les dieux sont des démons. Si vous triomphez d’elle, vous retournerez chez vous comblés d’honneurs. » Alors l’un d’eux plein d’indignation répondit avec colère : « Oh! la grande détermination d’un empereur qui, pour une discussion sans valeur avec une jeune fille, a convoqué les savants des pays les plus éloignés du monde, quand l’un de nos moindres écoliers pouvait la confondre de la façon la plus leste  !  » L’empereur dit : « Je pouvais la contraindre par la force à sacrifier, ou bien l’étouffer dans les supplices  ; mais j’ai pensé qu’il valait mieux qu’elle restât tout à fait confondue par vos arguments. » Ils lui dirent alors : — Qu’on amène devant nous la jeune fille et que, convaincue de sa témérité, elle avoue n’avoir jusqu’ici jamais vu des savants. » Mais la vierge, ayant appris la lutte à laquelle elle était réservée, se recommanda toute à Dieu  ; et voici qu’un ange du Seigneur se présenta devant elle et l’avertit de se tenir ferme, ajoutant que non seulement elle ne pourra être vaincue par ses adversaires, mais qu’elle les convertira et qu’elle leur frayera le chemin du martyre. Ayant donc été amenée devant les orateurs, elle dit à l’empereur : «  Est-il juste que tu opposes une jeune fille à cinquante orateurs auxquels tu promets des gratifications pour la victoire, tandis que tu me forces à combattre sans m’offrir l’espoir d’une récompense  ? Cependant, pour moi, cette récompense sera N.-S. J.-C. qui est l’espoir et la couronne de ceux qui combattent pour lui.  » Alors les orateurs ayant avancé qu’il était impossible que Dieu se fît homme et souffrît, la vierge montra que cela avait été prédit même par les gentils. Car Platon établit que Dieu est un cercle, mais qu’il est échancré. La sibylle a dit aussi : «  Bienheureux est ce Dieu qui est suspendu au haut du bois.  » Or, comme la vierge discutait avec la plus grande sagesse contre les orateurs qu’elle réfutait par des raisons évidentes, ceux-ci, stupéfaits, et ne sachant quoi répondre, furent réduits à un profond silence. Alors l’empereur, rempli contre eux d’une grande fureur, se mit à leur adresser des reproches de ce qu’ils s’étaient laissé vaincre si honteusement par une jeune fille. L’un d’eux prit la parole et dit : «  Tu sauras, empereur, que jamais personne n’a pu lutter avec nous, sans qu’il n’eût été vaincu aussitôt : mais cette jeune fille, dans laquelle parle l’esprit de Dieu, a tellement excité notre admiration que nous ne savons, ni n’osons absolument dire un mot contre le Christ. Alors, prince, nous avouons fermement que si tu n’apportes pas de meilleurs arguments en faveur des dieux que nous avons adorés jusqu’à présent, nous voici disposés à nous convertir tous à la foi chrétienne. » Le tyran, entendant cela, fut outré de colère et ordonna de les faire brûler tous au milieu de la ville. Mais la vierge les fortifia, et leur inspira la constance du martyre  ; puis elle les instruisit avec soin dans la foi. Et comme ils regrettaient de mourir sans le baptême, la vierge leur dit : « Ne craignez rien, car l’effusion de votre sang vous tiendra lieu de baptême et de couronne. »


En 1548, le poète Guillaume Guéroult publie une chanson spirituelle intitulée Suzanne un jour qui deviendra très connue :
Suzanne un jour d'amour sollicitée
Par deux vieillards convoitant sa beauté
Fut en son cœur triste et déconfortée
Voyant l'effort fait à sa chasteté.
Elle leur dit : si par déloyauté
De ce corps mien vous avez jouissance,
C'est fait de moi ! Si je fais résistance,
Vous me ferez mourir en déshonneur :
Mais j'aime mieux périr en innocence
Que d'offenser par péché le Seigneur.




Osiris est tué, Isis remonte le corps et organise les funérailles, 
cortège et manifestation du taureau Apis avec son idole