6 févr. 2021

CAREGGI






Comme Pétrarque, comme Laurent lui-même, Ficin aimait la campagne toscane et les promenades dans les collines : il y voyait un remède à la mélancolie, un stimulant irremplaçable pour la santé et pour la méditation. Il s’agit d’une nature sans rudesse, pleine de forces mythiques et de dieux : la beauté des fleurs et le silence même sont des muses ; des oracles, des manifestations merveilleuses éclatent partout dans le ciel. Le jardin avait pris très tôt une importance primordiale comme le montre surtout la première grande ville médicéenne, celle de Careggi. Michelozzo avait achevé la réfection du manoir gothique acquis par Cosme vers 1435-1440 : il l’avait simplifié, lui avait donné une façade sur les parterres, percée de baies plus harmonieuses. En 1459, la propriété était en ordre parfait. Pie II et Galeazzo Maria Sforza la visitèrent, y voyant l’une des plus belles demeures d’Italie, surtout pour le charme du jardin. Vers 1490, une jolie loggia ionique fut ajoutée sur le flanc ouest de la colline. Laurent fit de son jardin, malgré ses petites dimensions, une sorte de parc botanique très célèbre. Alessandro Braccessi, amis des Médicis, le compare aux merveilleux ensembles de l’histoire ancienne et énumère avec précision les essences, depuis « le pâle olivier consacré à Minerve guerrière, le myrte à Vénus, le rouvre à Jupiter… » C’est la galerie botanique qui se déplie dans la « Primavera » de Botticelli, où l’on a identifié un choix de plantes appropriées à la fable, mais vraisemblablement dérivées des parterres de Careggi. C’est aussi la source des spéculations de Ficin sur les propriétés médicinales des plantes, qui occupent son traité De vita. La petite maison de l' »Academia » se trouvait en effet à courte distance, sur la hauteur voisine.

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